Stor(i)etta de la fourme de Montbrison

Cher lecteur, comme tu ne peux plus l’ignorer, j’ai grandi en Italie. Et il faut que tu saches que là où j’ai grandi, en octobre, il y avait une foire…La foire de la truffe blanche, qui drainait des milliers de touristes, des artistes, des écrivains et aussi des milliers d’euros … ! Alba était sous les feux des projecteurs et je vivais cela de très près : nous avions une librairie dans le centre de la vieille ville et on vivait au rythme de cette foire. Et puis j’ai déménagée en France : Montbrison – ville passion est arrivée dans ma vie. Et je te mentirais (et tu sais que je déteste te mentir) si je te disais que ce fut un amour à première vue. Cet amour est arrivé au bout d’un long MAIS savoureux parcours. Je te vois, je te sens, je t’ai perdu !

Mon arrivée en France s’est faite à l’âge stratégique de 13 ans et a été quel peu marquante. L’adolescence tu te dis ? Le choc Italie – France ? Les difficultés avec l’écriture française ? L’arrivée dans le plus grand collège de France ? Oui un peu de tout ça. Mais pas seulement. Mon choc profond a été provoqué par les vaches. Oui les vaches. Des vaches de partout. Je ne savais même pas que la planète Terre pouvait contenir autant de vaches au mètre carré. Mais que faisaient-ils ces montbrisonnais avec autant de vaches ? Bah, apparamment ils adorent les exposer sur la place principale de Montbrison, en octobre pour la Fête de la Fourme…Et là deuxième choc culturel.

La petite foire de la truffe blanche est certes une fête qui promeut un produit du terroir, mais c’est aussi (surtout) une foire destinée à des personnes (professionnels et particuliers) assez aisées qui peuvent se permettre l’achat des truffes blanches entières…Le monde agricole que je voyais lors de cette fête à ce moment là de ma vie ne correspondait pas tout à fait à la réalité paysanne que j’ai découvert arrivée à Montbrison, que je n’ai su apprécier que très très tardivement. Car…entre mon côté têtu (léger) + l’envie de ne surtout pas dire que « Montbrison – c’est sympa même si ce n’est pas l’Italie + une amour têtu (encore?!) et bien ancré pour la bouffe du soleil et du sud = il m’a fallu une bonne flopée d’années pour me rendre compte et m’intéresser du terroir qui m’entourait.

Le déclic a eu lieu en 2018, où j’ai participé à la fête de la Fourme. Mais vraiment participé : je n’ai pas tordu le nez, je n’ai pas snobé la ville, j’y suis allée et j’y suis allée à fond !Du miel des apiculteurs du coin, aux bières brassées dans le Forez à la découverte…de la jolie histoire de la Fourme de Montbrison. Combien de fois je me suis moquée de ma mère qui a fait voyager cette Fourme un peu de partout ? J’ai arrêté de le faire le jour où je l’ai embarquée à Shanghai avec un morceau de parmesan. Combien de fois je n’ai pas compris que mes amis s’obstinent à ne pas manger celle d’Ambert par soutien pour celle de Montbrison ? J’ai compris le jour où j’ai écouté un fromager m’en parler. Il avait la passion des hommes qui aiment leur métier et la simplicité des mots des personnes qui ont envie de transmettre leur passion. Après XX années de vie dans le coin(coquetterie mignonnerie), il changé mon rapport au Forez en un meulage de fourme !

La Fourme de Montbrison est l’un des fromages français les plus anciens (1200 premiers textes qui en parlent…avoue c’est un peu fou !)…Et pourtant, il n’a été reconnu AOC à part entière que très récemment : jusqu’en 2002 il partageait son appellation avec le Fourme d’Ambert…Tu n’imagines pas l’affront tant que tu n’as pas compris la fierté des montbrisonnais d’avoir leur fourme ! Car ce sont deux fromages distincts et leur différence se fait sur un point essentiel : celle de Montbrison est salée dans la masse du caillé (en gros comme si tu salais ta pâte avant de la faire reposer), celle d’Ambert est salée une fois séchée (soit à sec soit avec de la saumure)…Oui bon, ça paraît anecdotique lu comme ça, mais quand tu goûtes et que tu vois les deux, tu comprends que ce n’est pas juste cosmétique…La consécration ultime a été donné par un AOP (Appellation d’origine protégée) et l’UNESCO qui nous l’a inscrite comme patrimoine immatériel….Et là boum soudain, tout le monde parlait Fourme…de petite soeur oublié à fashion cheese !

Notre jolie fourme doit affiner 32 jours sur une forme en bois épicéa et toutes les 12h elle est tournée d’un quart de tour pour qu’elle garde bien sa forme …Mais ce n’est pas cela qui la rend spéciale…Son côté précieux vient de sa rareté : il n’ y a aujourd’hui que 5 fromageries artisanales qui produisent de la Fourme de Montbrison, le savoir-faire, les gestes doivent être connus et transmis pour que ce fromage continuent à nous régaler et à faire aimer le terroir français même aux plus récalcitrantes…Et pour te prouver ma bonne foie…recette italo-française à venir à base de Fourme et de….citrons ! Oh oui baby, ça va décoiffer !

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