Stor(i)etta des dolmas de Manal

Les plats de Manal ou Hélène pour son prénom français, je les goûte maintenant depuis quelques mois, ils ont égayés beaucoup de mes soirées, ils m’ont fait voyager vers un pays dont je ne connais qu’une partie de l’histoire, celle qu’on voit ou qu’on lit, une histoire faite de violences et de guerres. Et pourtant, avec ses plats, j’ai senti tout autre chose : la chaleur des réunions de famille, de la cuisine généreuse, qui n’a de sens que si elle est partagée. Et aussi une cuisine qui porte un peu de nostalgie, celle d’un pays lointain, quitté pour toujours.

J’ai eu la chance de découvrir des plats avec des saveurs familières comme les salades de tomates et oignons coupés très finement et assaisonné de jus de citron. Mais j’ai surtout découvert des saveurs nouvelles, comme un plat de janvier dont je garde un souvenir intact : des petites quenelles de semoules, cuites dans une sauce avev des amendes et des abricots secs… C’est une recette sucre salée, qui doit t’apporter une année sucrée si tu le mages en janvier. Mais comme me l’a dit Manal: les années ne sont quand même pas vraiment sucrées, mais dans le doute, on continue !

Je ne connaissais donc pas Hélène et pourtant je connaissais un peu d’elle à chaque plat goûté. Je l’imaginais comme le pillier de la famille, une femme généreuse, coquette et avec une pointe d’accent…Irakien. Oui cher lecteur, la recette dont je vais te parler aujourd’hui vient d’Irak…tu ne pourras pas dire que Ninotchka n’est pas téméraire, hein !

Et je sais, tu te demandes encore comment je l’ai rencontrée… C’est simple: en demandant à chaque dîner avec mon ami Revon, de me présenter sa maman. Et je l’ai eu à l’usure : quasiment deux ans de travail ! Tu sais à quoi t’attendre… Surtout ne me fait rien goûter cher lecteur…je suis plus coriace que les racines de bambou !Et enfin, il y a quelques semaines, me voilà partie cuisiner de superbes dolma… Mais ça je t’en parlerai après, un peu de patience.

Saches que je n’aime pas trop avoir tort… Et bien je t’assure que j’avais vu juste : Hélène m’a accueillie avec une manicure parfaite, un café irakien et des petits gâteaux au sésame qu’elle venait de préparer. Je l’ai rejointe dans l’épicerie de quartier qu’elle possède, où les habitants viennent tous les jours, prennent des nouvelles et où tu peux avoir un compte, pour faciliter tes paiements… J’aurais pu juste prendre mon café, l’histoire pour Ninotchka était déjà faite !

J’ai donc confirmé ce que j’avais senti dans sa cuisine : une femme soignée, un joli accent, de la générosité et un fort sens de la famille, de la protection… Que j’ai appris à mes dépends. Au second café, tout le monde le sait, c’est là où l’amitié se crée. Et je suis spécialiste du « tu veux un autre café ? », donc tu peux me croire.

C’est à ce moment précis du second café que je glisse que non, je n’ai pas le permis et que oui, je vais rentrer en métro avec les 55 dolmas que nous venons de préparer. Et là, Hélène me regarde droit dans les yeux et me dit : » une femme comme toi n’a pas le permis ? Ah non non, il faut que tu le passes. Regarde, moi le français n’est pas ma langue et je l’ai ! Comment peux-tu être indépendante sinon ? … » Je ne sais pas si c’est le mot femme qui m’a fait tiquer- ça fait grande non ?- ou le fait qu’elle ait visé si juste sur la nécessité du permis…Mais j’ai aimé la façon dont elle me l’a dit : j’ai senti que j’étais rentrée dans son cercle de proximité, l’espace de cette matinée. Cœur Coeur Cœur.

J’ai questionné Hélène tout au long de notre recette sur cette nécessité de quitter Mossoul, sur leur périple qui les a conduite en Turquie, puis en Grèce, en Italie et enfin en France, avec un peu d’argent et un peu d’anglais. Cher lecteur, si tu t’attends à un récit emprunt de douleurs et tristesse… Je ne peux pas te le donner. Il y en a sûrement eu. Mais Hélène ne m’a parlé que de la générosité des personnes qu’ils ont rencontré sur leur route, elle ne m’a parlé que de l’accueil reçu à Athènes par les habitants du quartier où ils étaient… Elle m’a fait rire en me racontant comment ils ont traversé la frontière italienne en se promenant tranquillement au bord de plage… Elle m’a émue en parlant de ses deux garçons qui ont appris le français sans sourciller et qui ont fait des études supérieures. Des enfants a qui elle a toujours fait à manger irakien, même si les filles sont nées ici… Pour la plus grande joie des amis (appartement l’addictiction n’est pas que piur Ninotchka) qui du coup peuvent largement profiter de cette cuisine méconnue.

Tu l’auras compris, j’espère bien continuer à cuisiner avec Hélène… Et je ne vais pas te mentir, le geste de pliage de la feuille de vigne… Je ne l’ai pas encore, mais comme me dit Hélène « t’inquiète pas, il y a des irakiennes qui font pas aussi bien »… Tu veux essayer la recette ? C’est ici.

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