FOODMOOD#12 FARINISSIMES

Épisode La Belle Blonde – by Marsie

“Ne juge pas chaque jour à la récolte que tu fais
mais aux graines que tu sèmes.”Robert Louis Stevenson

Personnellement, j’aurais rajouté à  ce proverbe « et à la farine que tu pétris ». Car c’est en pétrissant qu’on devient forgeron 😄 ahah je m’emballe un peu là. Revenons sur des préoccupations plus terre à terre.
Farine, semoule, fécule,…Dans le dernier numéro de Foodmood, Fanny t’a donné quelques clés pour affronter avec sérénité le rayon farine. Continuons donc l’exploration par cette jolie blonde accolée à notre ami le blé, dont la couleur dorée nous ensorcelle. Pas de doute, c’est un cœur de maïs. Tu l’auras deviné, je vais aujourd’hui te parler de polenta et de farine de maïs. Discrète il y a encore quelques années, elle s’est peu à peu fait une place au soleil notamment grâce à l’apparition des régimes sans gluten (petit reminder, le gluten se trouve dans le blé).
Pour ma part, j’ai fait connaissance avec elle il y a des années chez mon oncle. Il la servait en tranches après l’avoir bouillie pour accompagner le lapin (mettre une bonne dose de sauce dessus). Pas convaincue 😬 
Mais le lendemain, il la fit revenir dans la poêle où elle devint croustillante à souhait. Et là gros crush 😍 (l’ajout de fromage est d’ailleurs fortement recommandé). Parce que oui c’est une des particularités de la polenta, elle a 1001 façons d’être dégustée.
Mais ne mettons pas la polenta avant l’eau à ébullition, et commençons par le commencement.

Le calibre qu’il te faut

La polenta est souvent utilisée pour nommer la farine de maïs.
Petit éclaircissement : la farine de maïs mélangée à de l’eau permet de réaliser la polenta, ce sont 2 choses bien distinctes.
Abus de langage ? Je te répondrais Oui et Non (j’aime brouiller les pistes). C’est surtout qu’il va falloir que tu sois attentif-ve aux inscriptions sur le paquet. En effet, tu peux avoir des préparations pré-cuites, dans ce cas là le terme polenta est correct.
Ensuite tu as différents types de farines de maïs pour réaliser la polenta :

  • La bramata : farine à gros grain réalisée à partir de maïs dont on a retiré la pellicule externe. La cuisson de la polenta sera plus longue et sa texture plus granuleuse.
  • Le fioretto : vient du mot fiore (fleur en italien). Cette farine est comme son nom l’indique réalisée à partir du cœur du maïs. Plus fine, elle cuira plus vite et aura un aspect plus lisse. Elle est d’ailleurs souvent utilisée en pâtisserie, notamment dans  les Pan meino (petits gâteaux milanais).

Pour la préparation, tu fais bouillir l’eau salée, tu verses la farine et tu laisses cuire le temps indiqué. Tu obtiens une préparation de la consistance d’une purée qui durcit et devient compacte en refroidissant. 

Polenta : hit Mais only ?

L’origine de la polenta est lointaine puisqu’elle remonte à l’époque des Romains, du mot latin puls (bouillie de farine). C’était un plat réalisé à partir d’eau et de semoule de céréales.
Céréales ? Eh oui, aucune mention d’exclusivité liée au maïs. Surtout qu’il n’est arrivé en Europe qu’en 1493 suite à la découverte de l’Amérique. La polenta existait donc en Europe bien avant le maïs.
Dans chaque région, elle se déclinait selon les cultures céréalières locales. En Ombrie, on retrouve la Farecchiata ou polenta di roveja (variété de pois sauvage). En Sardaigne, « Su arre » et « S’ambulau » sont des polente d’orge. Dans les Marches, c’est de la polenta de riz, appelée riso curgo o frascarelli. On la retrouve également en Corse sous le nom de pulenda, et réalisée avec de la farine de châtaigne.
Tu l’auras compris, la polenta se préparait donc avec toutes sortes de céréales.
Puis les premiers grains de maïs furent plantés dans le Nord de l’Italie. Afin de survivre à la famine, les populations rurales commencèrent à se nourrir de polenta de maïs. Malheureusement la consommation exclusive de maïs ne fut pas sans risque : elle engendra une maladie, la Pellagra provoquant problèmes de peau et démence, et pouvant être mortelle. La polenta fut ensuite agrémentée de légumes, viandes ou poisson afin de pallier à ce problème. C’est vrai que c’est une bonne idée de médicament ça.

Un partenaire de choix…

Devant l’obligation de mélanger la polenta à d’autres aliments, il fallut bien faire preuve d’imagination pour trouver de nouvelles recettes.
A l’origine, elle était surtout consommée dans les régions montagneuses du Nord. Donc l’idée la plus simple fut de la mélanger aux fromages locaux : le taleggio en Lombardie, la fontina dans la vallée d’Aoste, le montasio dans le Frioul. D’où la recette de polenta concia dans laquelle on mélange plusieurs fromages et un peu de beurre (oui oui, il y a du beurre dans ces régions là, tu as bien lu).
On retrouve également la polenta en contorno de viande, comme dans la fameuse recette Polenta e osei où elle est servie avec des cailles enroulées dans du lard. D’ailleurs, cette recette existe également en version sucrée.
Côté Vénétie, on l’accompagne plutôt de poisson. En Ligurie, on opte pour la version au pesto. Bref, on l’habille aux couleurs locales. Même si c’est surtout une spécialité du Nord,  le Sud y met du sien également, puisqu’ils n’hésitent pas à la faire frire si besoin. La friture, toujours une bonne idée 😉 

La saga Farinissime s’achève ainsi. On espère que ce petit guide pratique te sera utile pour tes prochains achats. Pétris, malaxe, cuits, et raconte nous tout ça, on a hâte d’entendre tes prochaines histoires de cuisine 🙂 
Pour ce qui est de Foodmood, on se retrouve le 29 octobre pour une nouvelle saga explosive…. je ne t’en dis pas plus, suspense 🤫

FOODMOOD#11 FARINISSIMES

Épisode Épis en Folie

“Où que j’aille, j’amène le Brésil avec moi, malheureusement je n’amène pas la farine de manioc. Et ça me manque midi et soir.”Jorge Amado

Il y a quelques mois j’ai commencé à fabriquer à la chaîne des pâtes fraîches pour enrichir mes ateliers de cuisine italienne. Ça a viré à l’obsession. Depuis, chez moi, tu trouves désormais plus de sortes de farines différentes que de paires de chaussures . Et je t’assure que ce n’était pas gagné (note à moi-même il me manque d’ailleurs celle de manioc dans ma collection). La pénurie de farines pendant le confinement ? J’avais un stock d’avance qui nous a permis de tenir les premières semaines, sans difficultés, nous étions 7 (dont un intolérant au gluten) et j’ai enfourné et pétri comme jamais. Calcule. Oui, ça fait peur. Et puis un jour de confinement, j’ai Marsie au téléphone. Elle n’avait plus de farine ou de semoule. Et elle avait BESOIN de faire des pâtes. Pour oublier, pour s’occuper les mains, pour se détendre. Elle a moulu du couscous. ce jour-là j’ai su que FoodMood naissait, que j’avais une co-équipère suffisamment toquée pour partager ça. Avant même de savoir ce qu’on allait vraiment faire, j’ai écris sur la farine. Puis j’ai laissé lever cette pâte et hop, nous revoilà en octobre, entre deux restrictions et un changement de masques à te parler de farines. Transformer les farines, c’est mon moment Yoga à moi et prépare-toi, prend ton tapis et on va faire le chien tête en bas, le nez dans la farine.

Le bonheur est dans la farine

Ma première rencontre avec la cuisine c’est faite avec la farine : crostate, baci di dama, gnocchi… Cette farine qui se marie avec le beurre ou avec les pommes de terre est la première sensation sensuelle de cuisine que j’ai connu. C’est en faisant mes premières pâtes fraîches que j’ai compris l’importance de faire confiance à tous nos sens : toucher la pâte, puis la sentir, la humer, la regarder changer sous la pression des doigts, puis l’observer dorer dans le four…La cuisine t’apprend à te faire confiance, à écouter tes sens et à prendre tes propres décisions…Thérapeutique tu as dit ? Guru Fanny te guide. Laisse-toi aller, ferme les yeux. Imagine tes mains plonger dans une montagne de farine blanche, c’est doux, c’est peut-être à ça que ressemble un nuage. Maintenant, imagine pétrir de la farine de châtaigne : c’est un peu plus collant, plus parfumé. Et là, hop on plonge les mains dans de la semoule de blé dur : tu sens sa force et les minuscules petits grains sous tes doigts. Ou encore, essaie la sensation presque désagréable de toucher de la farine de riz gluante…mais qui une fois mélangée, te donne des pâtes étonnantes…Ooooooooommmmmmm. Tu commences à te relaxer.

A chaque posture, sa bonne farine !

Hatha yoga, asthanga yoga, vinyasa…Je n’y comprends rien. Et bien c’etait pareil entre les différentes farines : les étiquettes avec leur T, celles gluten ou celles,…Je ne vais pas te mentir, jusqu’à avant-hier c’était aussi un peu la jungle dans ma tête. Voir je m’en moquais un peu, je voulais juste pâtisser et transformer. Et puis le moment arrive où tu as envie de pousser un peu, que tu commences à faire attention aux produits que tu mets dans ton assiette et donc ton corps…Tu remets un peu d’ordre dans tout ça, histoire d’y voir un peu plus clair et choisir les produits qui correspondent à tes envies. A chaque envie, sa farine ! Épargne-toi des recherches, en tant que maître Farine je t’ai synthétisé un peu les basiques pour affronter le rayon farines sans stress. Commençons par la base : est farine ce qui résulte du broyage de céréales, légumineuses ou autre plante. Jusque-là, on n’est pas trop mal. Puis il y la fécule, qui n’est que l’amidon extrait de ces mêmes céréales et autres tubercules. Là tu vas encore bien. Je dois quand même te parler d’une dernière poudre. Non, non, pas celle à laquelle tu penses. Une poudre toute dorée, chère aux peuples méditerranéens des deux rives…

Semoule baby ! Tu as l’habitude de penser au couscous quand je te dis semoule et tu as raison : mais ouvre tes chakras et promène-toi dans les magasins bio, épiceries italiennes ou autres épiceries fines, certaines grandes surfaces et tu peux trouver, de la semoule très fine (souvent rangée au rayon pâtes et pas farine) qui est produite à partir de blé dur (comme notre couscous). Couscous et semoule fine italienne viennent du même blé dur qui est broyé plus ou moins finement. Les pâtes sèches que tu as l’habitude de consommer, sont justement fabriquées à base de blé dur et eau. Elles se différencient des pâtes fraîches, préparées au Nord, composées de blé tendre et d’œufs. La farine de blé tendre nécessite gras, pour qu’on puisse étirer notre pâte sans problèmes et la transformer en belles tagliatelle. Désormais imbattable sur les différence entre blé tendre et dur; on peut s’attaquer à la lecture des étiquettes…

Et glu, et glu, et glu…

Parler de farines sans parler de gluten, c’est un peu comme te parler de yoga sans te parler d’étirements des muscles. Incontournable, que tu sois souple ou pas. Qui se cache donc derrière Mister Gluten ? Mister G dont on ignorait presque l’existence il y a dix ans et qui a d’un seul coup envahi toutes nos conversations. Mister G est une protéine, qui prend son nom du latin « gluten » qui veut dire…colle ! Il apparaît lorsque le grain de blé, entre en contact avec l’eau : le gluten se forme et une fois travaillé, il va donner la bonne élasticité à nos pâtes (levées, pâtes fraîches) pour qu’on puisse les travailler, enrouler, strier, malaxer, tordre…Imagine les mailles d’un pull en laine : voilà, sa structure et sa résistance ressemble plus ou moins à ça ! Concrètement, pour t’y retrouver, parmi les farines avec gluten (qu’on appelle aussi farines panifiables), tu trouves : le blé, l’épeautre, le seigle, l’avoine, l’orge, le kamut, le boulgour,…Et évidemment…toutes n’ont pas le même taux de gluten et donc certaines, peuvent même être consommées par les personnes qui sont intolérantes. Farines de châtaigne, de sarrasin, de lentilles, de maïs, de riz, ou encore de pois-chiches, sont parmi celles sans gluten et permettront de t’éclater en découvrant d’autres goûts !…A toi les panisses (petits beignets marseillais) pour découvrir la farine de pois-chiches, à toi gli gnocchi à la farine de châtaigne à associer avec une sauce aux fromages bien enveloppante et gourmande pour cet automne, ou à toi encore les tortillas mexicaines maison à base de farine de maïs (recette ici )…Y a pas que le gluten dans la vie !

Continuons l’ouverture des chakras…

Tu l’as compris, notre mantra avec les farines c’est essaye : tu peux te tromper mais tu ne peux qu’avancer ! Par exemple sur les farines un peu plus fortes en goût telles celles de légumineuses, j’ai appris aux dépends de mes copines, que des sablés uniquement à base de farine de petit pois ce n’est pas une bonne idée…Ils sont joliment verts, mais sacrément acres ! Le secret est de mélanger et de trouver le bon pourcentage…En attendant que tu nous partages tes découvertes, note les prochain rdv :

  • rdv sur les réseaux (insta + Fb) le 8 octobre
  • une lettre toute pour toi jeudi 15 octobre…

Caponata di CriCri

Caponata d’aubergines

Cri…est la personne qui a la même passion que moi pour les belles tablées, les repas interminables, entre amis, connus ou inconnus. Sa cuisine est pensée pour que tout le monde soit bien, quel que soit son passé, son humeur ou ses idées. Plusieurs recettes viennent de lui et elles ont été longuement testées dans sa maison du bonheur drômoise. La cuisine a été pour lui un métier, puis un hobby…mais quoi qu’il en soit elle est toujours engagée : de saison, des produits du jardin, pleine de saveurs riches. J’ai décidé de commencer par la caponata. Cri a fait une thèse sur un écrivain Sicilien, Leonardo Sciascia. Le doctorat en poche, il a décidé d’ouvrir un restaurant, dans lequel l’une des assiettes phares était la caponata…plat typiquement sicilien, qui sens bon le soleil et l’oisiveté. Mais c’est quoi cette caponata ?

« La caponata c’est comme une ratatouille mais sans courgettes et… »oui ben voilà tout réside dans le « mais ». Donc on va reformuler, parce que cette définition ne me satisfait pas du tout !

La capanota est le HIT de l’été et début de l’automne. C’est le plat parfait : satisfaisant* à préparer, bon à partager, beau à présenter.

*Attention, quand je dis satisfaisant à préparer…ça ne veut pas dire rapide. Ça veut dire qu’on prend le temps de choisir ses légumes (les cueillir? encore mieux!), de les cuisiner séparément et doucement, on prend le temps de laisser reposer et de faire en sorte que tout les goûts se mélangent.

Oui, on ne prépare pas une caponata le soir à 19h30 pour son dîner rapidos. On la prépare le samedi pour recevoir ses amis autour d’une jolie table du dimanche midi, au soleil…Et je vous assure que vous ferez une très belle et délicieuse impression !Avantage de la caponata : c’est un contorno qui se marie avec tout : viandes grillées, poissons, oeufs mollets ou oeufs durs…ou alors juste en tartine avec du pain…ou alors juste en cachette en cuisine sur une petite cuillère, vous savez, comme on fait avec la pâte à tartiner aux noisettes? Ben voilà, la caponata crée en moi le même type d’addiction. Et sans huile de palmé. [cette caponata n’est pas la classique sicilienne, mais plutôt version napolitaine et adaptée]

Ingrédients !

  • 5 beaux poivrons
  • 4 belles aubergines
  • 2 grands oignons
  • 2 branches de céleris branches
  • 2 boîtes de sauce tomates
  • 15 olives noires
  • Une bonne dizaine de câpres sous sel ou en vinaigre
  • Une bonne dizaine de belles feuilles de basilic

1. Tu laves tes aubergines et les prives de leur pedencule. Tu les coupes en dès d’environ 2-3 cm. Dans une poêle, tu mets généreusement de l’huile de tournesol (ou un mélange olive/tournesol). Tu les fais revenir jusqu’à ce qu’elles soient fondantes et dorées.(en fonction des quantités, plusieurs poêlés seront nécessaires)

2. Tu vides et coupes tes poivrons en dès également. Dans une poêle, tu fais chauffer de l’huile d’olive et tu les fais revenir : il faut que les poivrons soient fondants mais pas cramés!!

3. Tu coupes tes oignons en dès. Dans une casserole haute (qui nous servira pour tout assembler) tu mets 2cm d’huile d’olive et tu fais confir tes oignons à feu très doux. Remues régulièrement pour pas qu’ils ne brûlent. Pendant ce temps, tu coupes tes branches de céleris et petits dès et tu les rajoutes aux oignons.

4. Tu dénoyautes les olives noires.

5. Quand tes oignons sont bien translucides, tu enlèves la casserole du feu et tu rajoutes les deux boîtes de tomates. Puis tu mets à feu très doux pour quelques minutes, tu rajoutes les olives et les câpres.

6. Après quelques minutes, tu la sors du feu, tu rajoutes un demi verre de vinaigre de vin blanc et un demi verre de sucre. Et tu remets à feu vif pendant qqs minutes pour que le vinaigre évapore ! Et tu la sors du feu !

7. Tu rajoutes des feuilles de basilic (à cru donc (une bonne dizaine) et hop, tu te régales !

Stor(i)etta de la fourme de Montbrison

Cher lecteur, comme tu ne peux plus l’ignorer, j’ai grandi en Italie. Et il faut que tu saches que là où j’ai grandi, en octobre, il y avait une foire…La foire de la truffe blanche, qui drainait des milliers de touristes, des artistes, des écrivains et aussi des milliers d’euros … ! Alba était sous les feux des projecteurs et je vivais cela de très près : nous avions une librairie dans le centre de la vieille ville et on vivait au rythme de cette foire. Et puis j’ai déménagée en France : Montbrison – ville passion est arrivée dans ma vie. Et je te mentirais (et tu sais que je déteste te mentir) si je te disais que ce fut un amour à première vue. Cet amour est arrivé au bout d’un long MAIS savoureux parcours. Je te vois, je te sens, je t’ai perdu !

Mon arrivée en France s’est faite à l’âge stratégique de 13 ans et a été quel peu marquante. L’adolescence tu te dis ? Le choc Italie – France ? Les difficultés avec l’écriture française ? L’arrivée dans le plus grand collège de France ? Oui un peu de tout ça. Mais pas seulement. Mon choc profond a été provoqué par les vaches. Oui les vaches. Des vaches de partout. Je ne savais même pas que la planète Terre pouvait contenir autant de vaches au mètre carré. Mais que faisaient-ils ces montbrisonnais avec autant de vaches ? Bah, apparamment ils adorent les exposer sur la place principale de Montbrison, en octobre pour la Fête de la Fourme…Et là deuxième choc culturel.

La petite foire de la truffe blanche est certes une fête qui promeut un produit du terroir, mais c’est aussi (surtout) une foire destinée à des personnes (professionnels et particuliers) assez aisées qui peuvent se permettre l’achat des truffes blanches entières…Le monde agricole que je voyais lors de cette fête à ce moment là de ma vie ne correspondait pas tout à fait à la réalité paysanne que j’ai découvert arrivée à Montbrison, que je n’ai su apprécier que très très tardivement. Car…entre mon côté têtu (léger) + l’envie de ne surtout pas dire que « Montbrison – c’est sympa même si ce n’est pas l’Italie + une amour têtu (encore?!) et bien ancré pour la bouffe du soleil et du sud = il m’a fallu une bonne flopée d’années pour me rendre compte et m’intéresser du terroir qui m’entourait.

Le déclic a eu lieu en 2018, où j’ai participé à la fête de la Fourme. Mais vraiment participé : je n’ai pas tordu le nez, je n’ai pas snobé la ville, j’y suis allée et j’y suis allée à fond !Du miel des apiculteurs du coin, aux bières brassées dans le Forez à la découverte…de la jolie histoire de la Fourme de Montbrison. Combien de fois je me suis moquée de ma mère qui a fait voyager cette Fourme un peu de partout ? J’ai arrêté de le faire le jour où je l’ai embarquée à Shanghai avec un morceau de parmesan. Combien de fois je n’ai pas compris que mes amis s’obstinent à ne pas manger celle d’Ambert par soutien pour celle de Montbrison ? J’ai compris le jour où j’ai écouté un fromager m’en parler. Il avait la passion des hommes qui aiment leur métier et la simplicité des mots des personnes qui ont envie de transmettre leur passion. Après XX années de vie dans le coin(coquetterie mignonnerie), il changé mon rapport au Forez en un meulage de fourme !

La Fourme de Montbrison est l’un des fromages français les plus anciens (1200 premiers textes qui en parlent…avoue c’est un peu fou !)…Et pourtant, il n’a été reconnu AOC à part entière que très récemment : jusqu’en 2002 il partageait son appellation avec le Fourme d’Ambert…Tu n’imagines pas l’affront tant que tu n’as pas compris la fierté des montbrisonnais d’avoir leur fourme ! Car ce sont deux fromages distincts et leur différence se fait sur un point essentiel : celle de Montbrison est salée dans la masse du caillé (en gros comme si tu salais ta pâte avant de la faire reposer), celle d’Ambert est salée une fois séchée (soit à sec soit avec de la saumure)…Oui bon, ça paraît anecdotique lu comme ça, mais quand tu goûtes et que tu vois les deux, tu comprends que ce n’est pas juste cosmétique…La consécration ultime a été donné par un AOP (Appellation d’origine protégée) et l’UNESCO qui nous l’a inscrite comme patrimoine immatériel….Et là boum soudain, tout le monde parlait Fourme…de petite soeur oublié à fashion cheese !

Notre jolie fourme doit affiner 32 jours sur une forme en bois épicéa et toutes les 12h elle est tournée d’un quart de tour pour qu’elle garde bien sa forme …Mais ce n’est pas cela qui la rend spéciale…Son côté précieux vient de sa rareté : il n’ y a aujourd’hui que 5 fromageries artisanales qui produisent de la Fourme de Montbrison, le savoir-faire, les gestes doivent être connus et transmis pour que ce fromage continuent à nous régaler et à faire aimer le terroir français même aux plus récalcitrantes…Et pour te prouver ma bonne foie…recette italo-française à venir à base de Fourme et de….citrons ! Oh oui baby, ça va décoiffer !

Storietta du pouvoir de l’assiette

Ciao cari ! Cet article ne porte pas sur une recette ou un ingrédient à proprement parler…Oui je sais deux de suites…Mais que t’arrive-t-il Ninotchka ? Bah il arrive que des fois, l’actualité submerge et il est difficile de faire comme si…

Je te raconte un peu de ma vie, mais je sais que tu n’es pas contre. Cette année, j’ai eu l’opportunité d’intervenir dans beaucoup d’écoles pour initier les enfants au goût. Ces interventions sont pensées pour leur donner envie de cuisiner, de découvrir et de comprendre l’importance de manger des produits non transformés, issus d’une agriculture raisonnée et locale. Ça c’est le schéma idéal. Et puis, il y a la vraie vie, où je me suis confrontée à la réalité de classes mixtes, avec des enfants issus de tous milieux sociaux et de toutes les nationalités. Des classes privées avec des enfants d’expatriés qui partagent deux voir trois cultures à la maison, des classes en REP+ avec des enfants qui ont aussi souvent de doubles cultures, des classes en milieu rural où parler de produits de saisons n’a aucun sens, car leurs familles vivent souvent aux rythmes des saisons. Ninotchka, a découvert l’eau chaude, tu te dis. Bah oui et non, des fois tu as beau savoir des choses, mais quand tu les vis, le goût est un peu différent.

Bon, je t’ai presque convaincu mais tu te demandes toujours pourquoi je te parle de ça ? Parce qu’en discutant avec ces petites têtes de leur fruits préférés, je me suis rendue compte que la noix de coco, la mangue ou le gombo ne sont peut-être pas locaux, mais ils faisaient partie intégrante de leur histoire, l’histoire de leur famille. J’ai alors rapidement considéré que mon rôle était plus de les informer sur le trajet de la mangue pour arriver sur l’assiette, que de leur dire que c’est très mal ce qu’ils font. Peut-être que certains me diront que je dois être plus ferme, personnellement j’ai envie que mon rôle soit d’informer mais aussi de préserver cette transmission par le goût si importante à mes yeux.

Bon, tu te dis toujours pourquoi je te parle de ça ? Parce que tout ce qui s’est passé ces jours-ci, m’a fait penser à comme on a complétement raté le vivre ensemble, mais il n’est jamais trop tard. Et alors oui,peut-être poster un carré noir en signe de black out pendant une journée sur les réseaux sociaux c’est juste symbolique (accessoire?) et ça ne change pas concrètement le combat. Oui, peut-être. Peut-être aussi que de parler de cuisine, de recettes et d’ingrédients ça ne sert peut-être pas directement la cause. Peut-être. Je suis néanmoins persuadée que le pouvoir de l’assiette est bien plus important que l’on croit, que si l’on accepte de partager et de parler simplement et sans chichis des plats, des cultures qui font partie de notre enfance, de notre adolescence, on parvient petit à petit à mieux se comprendre. Appelle-moi naïve, appelle-moi idéaliste, j’accepte….je vais même te dire que je le revendique ! Parce que si j’ai crée Le Cucine c’est avec l’objectif de transmettre des recettes et des histoires culinaires qui parlent de voyages, de migrations et de différences culturelles. C’est pour ne pas oublier. Parce que la chance que j’ai eu d’avoir une double culture, j’ai envie de la partager, de transmettre ce que ça m’a apporté. Cette double culture m’a poussé à voyager par l’assiette, à me nourrir des récits des autres, ça m’a poussé à connaître des cultures différentes par la cuisine, parce que c’est mon moyen d’expression. Cela aurait pu être la musique, la peinture ou la danse. Et je te vois venir : non,non, je n’ai même pas creusé l’empreinte carbone, j’essaie juste d’aller à la rencontre de l’autre sur mon territoire.

Alors oui, ces jours-ci j’ai encore plus envie d’aller cuisiner, d’entendre des récits qui parlent de lieux que je ne connais pas, pour te raconter des histoires savoureuses, pour que toi aussi tu pousses un peu ta curiosité là où tu ne pensais peut-être pas aller…C’est sûrement du soft power, et c’est sûrement complémentaire d’autres actions … mais n’oublie pas que c’est du power quand même !

Storietta de mon toc sur l’orthographe italienne

Cet article ne porte le nom d’aucune personne précise et pourtant il pourrait porter le nom de plein de personnes. Cet article ne sera peut-être pas le plus drôle mais il sera sûrement authentique 100% Ninotchka …Il me trotte dans la tête depuis l’ouverture du blog…car je crois qu’il est un peu l’essence de ce que j’ai envie de faire : transmettre de la cuisine authentique qui respecte les traditions et les cultures de tous ceux qui partagent avec ces moments en cuisine. Et il se trouve que je suis à moitié italienne, alors souvent mes posts instagram ou mes petites remarques concernent cette cuisine italienne, mais j’essaie d’avoir la même rigueur pour les autres recettes. Je vérifie systématiquement avant d’écrire un mot qui n’est pas de ma langue maternelle, par respect pour les personnes qui ont pensé cette recette, construit ce plat, par amour pour l’histoire de la famille qu’il y a derrière ce plat , le peuple qui le partage. Et je trouve ça très intéressant lorsque d’une famille à une autre, ou d’une région à autre, on parle peu ou proue de la même chose et qu’on ne l’écrit pas pareil, un ingrédient diffère aussi….Je pense alors instantanément à la Tchoutchouka, où il y a autant d’orthographes que de recettes, que de familles. Et je ne prétends pas écrire LA vérité : dans mes recettes et mes histoires, c’est la vérité de la personne qui me la raconte, c’est son histoire, avec toute la subjectivité qu’elle y met et toute la subjectivité que j’y mets aussi.

Bon mais où veut en venir Ninotchka ? Quelle est la raison d’une si grosse introduction ? C’est en raison de l’ennième article portant sur « la cuisson parfaite des pâtes » et qui comporte une ribambelle de fautes d’orthographe. RigatoniS, spaghettiS, NonnaS à toute les lignes et toutes les sauces. Peut-être que si je n’avais pas lu cet article au réveil avec mon café (qui en plus était brûlé ce matin) toi, cher article tu n’aurais pas vu le jour. Parce que ça fait des années que je vois de joyeuses fautes sur les ardoises de beaucoup les restaurants italiens : buraTTA a le vent en poupe (en vrai BURRATA, mot qui vient de Burro, beurre), tout comme FoCCaCia (en vrai Focaccia), paNa CoTa (en vrai : panna cotta. Un jour on m’a même soutenu qu’il y a avait des orthographes différentes en fonction des villes italien pour le mot panna (crème)Mouais). Et pour les S à la fin des mots pour signifier qu’il y en a plusieurs….bah c’est une orthographe qui appartient à beaucoup de langues mais pas à l’italien. Sorry. Désoléee. Lo Siento. Mais je sais que cher lecteur, tu vas me dire, oui mais il ne sait pas forcément écrire l’italien, le journaliste ou encore le restaurateur ou encore moi lecteur et consommateur. Si je dis bruschettas, est-ce que je mérite obligatoirement l’échafaud ?

Et ça là, caro amico, où je vais enfin t’apporter de la nuance dans cet article un peu coup de gueule : parce que toi qui me lis tu ne connais peut-être pas l’italien, tu aimes juste que ta fourchette des fois soit italienne et si tu fais une erreur …quoi de plus normal ? Au contraire bravo : tu as essayé, tu t’es lancé et tu accepteras que quelqu’un puisse éventuellement te corriger avec gentillesse, t’expliquer pourquoi ça s’écrit plutôt comme cela et pas comme ci et tout cela avec un sourire, même masqué. Alors oui, je te regarderai avec le mot le plus à la mode en ce moment, avec cette fameuse madame Bienveillance et je ferai en sorte que tu continues d’aimer ce pays et peut-être de contribuer à ce que tu le comprennes mieux et que tu connaisses quelques mots pour t’y repérer.

MAIS toi professionnel journaliste, toi restaurateur qui souhaite faire un papier sur la cuisine italienne ou un restaurant de cuisine italienne…pourquoi le fais-tu ? Parce que tu aimes ça oui. Comme une grande partie de la population. Parce que l’article qui porte sur la bonne cuisson des pâtes est peut-être plus consulté sur celui qui parle de la bonne cuisson de la tête de veau ça c’est certain. Parce qu’il y a désormais plus de restos italiens qui se sont ouverts dans mon petit quartier de Lyon que de bistrots où tu peux siroter un caffé accoudé au bar…donc oui l’Italie plaît, elle fait vendre, et on ne va pas se mentir. Et oui évidemment tu as le droit de ne pas être italien pour parler ou cuisiner de la cuisine italienne, au contraire, c’est comme ça qu’on s’ouvre , qu’on rencontre, qu’on s’enrichit. Ce qui me chagrine ce n’est pas ça. Ce qui me chagrine fortement c’est que derrière une ardoise mal écrite ou un article mal écrit….c’est que je ne peux m’empêcher de penser que c’est un manque de rigueur du professionnel qu’il peut avoir sur d’autres choses. Et cela ne me mets pas en confiance….Je doute, je scrute et je n’y vais pas ….Et je n’irai jamais…Et oui, tout ça pour un malheureux S à la fin d’un mot. Quand je te dis que je suis têtue….Et à l’objection : on n’a pas le temps….Je crois qu’elle est difficilement entendable : en combien de micro secondes notre ami G nous donne une réponse quand on tape un mot sur la barre de recherche ? Voilà.

Et c’est peut-être là, la question. Pourquoi on ne se sent pas obligés de vérifier un mot italien avant de l’écrire sur notre ardoise ? L’italien et le made in Italy sont sûrement victimes de leur succès…C’est si populaire, c’est si à la mode, c’est si dolce vita, si ensoleillé qu’au final cela marche plus ou moins toujours…Et heureusement il y a aussi des petits pas de fourmis, de professionnels qui font les choses avec rigueur, que ce soit las cuisine italienne, chinoise ou arménienne…alors il faut continuer à les soutenir, mettre le focus sur eux, pour que la différence apparaisse évidente, sans avoir besoin de polémiquer !

Mais alors concrètement, comme tu fais cher lecteur à démêler le vrai du faux ? Tu dois t’inscrire en doctorat de lettre italienne ? Ou apprendre sur Duolingo toutes les langues dont t’aimes la cuisine ? C’est une solution. Mais saches que j’ai essayé avec le chinois et cela a plutôt été un échec. Mes conseils sont toujours les mêmes : une ardoise ou une carte succincte avec indications des provenance des ingrédients est presque toujours un gage de qualité et de fraîcheur (cela montre l’intention que le restaurateur porte au choix de ces plats), discuter avec le propriétaire, le personnel pour sentir un peu l’ambiance, l’histoire, etc…Et continuer à avoir la curiosité d’apprendre un peu plus sur les plats que tu aimes manger, sur le pays d’où ils viennent, c’est sans aucun doute le moyen d’être le plus aguerri possible !

Stor(i)etta della Sarandonga di Concha

Cela fait quelques jours que je pense artichauts. Et ça c’est à cause de ma StilettoDolceVita, mais il est encore trop tôt pour en parler… Il n’empêche que cet artichaut, il est là, il trotte dans ma tête, il tourne et retourne. J’ai cru que c’était l’artichaut cru en salade qui me faisait envie. Et puis non, j’ai pensé peut-être celui à la Giudea, frit. En fait même pas. C’est pas l’artichaut à l’italienne qui m’appelle. C’est celui d’Espagne, celui qui dans dans la Sarandonga, l’alcachofa de Tudela.

Parce que cher lecteur, on en va pas se mentir hein…On fait, on dit, on cuisine, on se zoom, on se skype, on prend l’apéro virtuel, on fait des cours en ligne. Mais quand même…tout ça….a un air de fausses sensations, non ? Il y a des jours où je peux très bien faire avec. C’est un peu comme avec le caffé : de fois, en partant en voyage, tu bois le caffé que tu peux. Celui allongé, celui de Nescafé, celui des bars brûlé, des fois même celui du géant américain en essayant de comprendre pourquoi tout le monde le trouve si génial. Des fois même, tu dors dans des endroits où il n’y a pas de possibilité de se réveiller en faisant immédiatement son café. Pour moi, c’est le pire des scénario dans mon addiction. Et là tu erres, tu essaie de te laver, de t’habiller, de te maquiller, mais tu sais que la journée va être une demie journée. « Un surrogato di caffé » on dit en Italie, soit un faux caffé, une fausse journée. Et puis, arrive un moment où tu retrouves ta cafetière. Et là, c’est la joie dans ton petit cœur, le réveil est doux, le goût si familier que c’est tout de suite « casa ». J’ai évidemment trouvé le remède : partir avec ma cafetière. Toquée, oui, maintenant, tu le sais.

Le remède pour retrouver mon artichaut, je ne l’ai pas aujourd’hui. Parce que tu l’as peut-être deviné, l’artichaut, n’est qu’un petit morceau de ma cafetière…Cet artichaut est accompagné de fèves fraîches, de morue, de riz rond, d’huile et de bouillon… mais surtout il est accompagné de rires en espagnols, d’anecdotes de pueblitos qui sentent bon le sud, ils est accompagné des amis qui entourent la table, qui s’accoudent au bar en bois. Cet artichaut sans tout ça, il est fadasse.

Aujourd’hui, j’ai envie de Sarandoga. Cette sarandonga, cuisinée dans le perol, plat sans couvercle, le même qu’on utilise aussi pour préparer le arroz caldoso…Ah je t’ai entendu…Arroz quoi tu dis? Et bien, je vois avec délectation que la Casa de Papel ne t’a appris que les gros mots, 0 en culture gastronomique espagnole…!!! Donc…Comme le professeur ne te l’a pas expliqué, l’arroz calodoso est fait à partir de riz rond (le bomba), tosté et qui cuit ensuite dans notre perol, et régulièrement mouillé par un bon,bon bouillon. Et je te vois venir, non, non ce n’est pas comme du risotto. Déjà parce que ce n’est pas le même riz, aussi parce que c’est un plat populaire et il n’y a évidemment pas de beurre pour faire la mantecatura qui caractérise le risotto. T

Et maintenant que je t’ai bien perdu, que je t’ai parlé de risotto et d’arroz caldoso alors que j’ai envie de Sarandonga. Et bien retiens que la Sarandonga, non, ce n’est pas de l’arroz caldoso. Déjà parce que la Sarandonga a son actif non pas une mais bien deux chansons qui portent son nom : une cubaine ET une espagnole. Et rien que ça, aucune des deux autres recettes ne peut s’en vanter. Plus sérieusement, la sarandonga est du riz avec de la morue, et puis chacun fait un peu comme sa famille a l’habitude de faire. C’est un plat de la culture gitane, servi pour les fêtes, un plat généreux, qui se danse, se chante et se déguste.

Et juste en écrivant Sarandonga – mot dont la beauté est complétement sous-estimé, on est d’accord ? – je me vois déjà toutes bronzée, les pieds nus dans l’herbe, une robe longue, en train de chantonner un air un peu gipsy (moi-même sûrement un peu tipsy). Je nous vois et nous entends parler en espagnol, des accents andalous, des accents catalans, des accents français, des rires francs entre une cuillère de riz et une gorgé de vin blanc qui pétille.

Oui tu as le droit cher lecteur. Tu as le droit de te demander, de t’étonner de pourquoi c’est aujourd’hui, au Xème jour de confinement, au Xème jour de distanciation sociale – mot proportionnellement à l’opposé de la beauté du mot Sarandonga – que j’ai décidé de te parler d’un plat à partager, un plat qui se déguste pendant des fêtes, un plat qui n’a pas de sens en duo. Bah, peut-être qu’on peut admettre que des fois la mélancolie nous surprend, elle arrive, sans envoyer un whatsapp, la coquine. On trie des photos, on voit les bouilles gourmandes en pleine préparation de Sarandonga, on entend les voix des amis de mon petit coin catalan. Et…ça m’a fait le même effet que de regoûter à un bon caffé après plusieurs semaines de manque….Vivement que la Sarandonga colores toutes nos tables…Recette à venir et promis…elle chantera !

Storietta dei Culorgiones di Gavina feat. Federica

Ciao cher lecteur…j’ai eu envie de partir en Sardaigne, tu sais là où la nature est tellement belle, qu’elle prend le nom d’une pierre précieuse, l’Emeraude. Là où la montagne embrasse la Méditerranée, là où naissent d’excellents fromages de brebis avec du caractère et là aussi où les plats ont des noms tout aussi curieux qu’imprononçables au premier coup… surtout pour des non initiés… ! J’y suis allée, sur l’Isola della Maddalena, pas plus tard que ce samedi 21 mars 2020, faisant fi de toutes les interdictions, de toutes les peurs, de toutes les autorités, de tout ce virutruc. Quoi ? Inconsciente ? Egoïste ? Non, juste une curiosité des rencontres gourmandes qui bat toutes les frontières, je suis toujours poussée par l’envie de continuer à rencontrer les cuisiniers et les histoires qui les font. Alors oui, je suis allée en Sardaigne, mais différemment. Je suis bien trop respectueuse des autres pour m’aventurer physiquement ailleurs en ces temps de confinement. Je reste bien à la maison. La Sardaigne est arrivée à moi. La France est allée en Sardaigne. Et il y avait aussi Milan, Brescia et Parma dans la cuisine de l’isola della Maddalena. Le confinement est respecté. Les technologies nous aident juste à passer les frontières, nous aident à continuer à nous rencontrer. Et cela a été un très joli et doux cadeau.

J’ai enfin pu rencontrer quelqu’un qui me faisait voyager juste avec le nom choisi sur sa page des réseaux : Sardina in Cucina (Sardine en cuisine). N’est-il pas un nom plein d’iode, de poésie et d’évasion ? Et derrière ce joli pseudo, se cache Federica, une jolie femme sarde, qui utilise les réseaux comme j’aime : sans chischis, sans égocentrisme, avec la même authenticité des recettes qu’elle transmet, avec l’amour de les transmettre avec leur histoire, celle qui fait notre histoire.

Le confinement avait à peine commencé en Italie que des initiatives solidaires, emplies d’humour, de générosité ont commencé. Et Federica, immédiatement, a proposé des cours gratuits en ligne. En France, nous n’en étions pas encore là, j’ai été bluffée par tant de générosité. Car n’oublions pas que nous faisons des ateliers par passion certes, mais il s’agit aussi de notre métier…La beauté de cette période, c’est qu’elle révolutionne un peu notre rapport à l’argent…pour une partie d’entre nous le plus important est maintenir le lien, rester ensemble, malgré tout.

Alors lorsque j’ai vu l’atelier proposé par Sardina, moi qui avait déjà quasi tout organisé en février pur faire un atelier avec elle à Milan, je n’ai pas réfléchi et j’ai sauté sur mon mail, réservé ma place et hop ! Et en plus nous allions cuisiner des CULURGIONES, une petite beauté tellement tellement coquette…..Ah oui je t’avais prévenu hein ! Accroche-toi pour la prononciation parce qu’ici ça ne rigole plus, tu es en niveau italien avancé ! [prononces COULOURDJONESS ]

I culurgiones, ce sont des jolies pâtes fraîches, farcies, dont la beauté de la fermeture rappelle des points de couture, un peu comme du point de croix, pour les initiés. Elles sont faites pour rendre hommage à la nature, se mangent les jours de fêtes et leur forme rappelle celle d’épis de blé. Les culurgiones sont fabriqués de semoule de blé dur et d’eau, farcis de pommes de terres écrasées, de fromages de brebis et rafraîchis à la menthe. Et comme toute bonne recette qui se respecte et que Ninotchka aime, tu as des variantes, avec de l’oignon cuits, avec de l’ail…

Alors me voilà samedi dernier, parée de mon plus beau tablier, tous mes ingrédients devant moi, me voilà prête à suivre un cours de cuisine traditionnelle sarde, via Skype. Et déjà là, avoue cher lecteur, mon histoire est jolie. Mais quand en plus, j’ai rencontré ces autres femmes confinées, nous avons tout de suite lié…Et oui, ces circonstances si uniques, créent un lien immédiat, on a toute redoublé de bonne humeur, de rires et d’envie d’être ensemble pour réussir ces jolis petits sacs tressés…Et là avoue, l’histoire elle est déjà jolie. Culcul comme j’aime certes, mais jolie.

Mais alors quand en plus, Federica a commencé son cours en racontant l’histoire de cette pâte farcie, l’une des rare en Italie à être protégée par une IGP (indication géographique protégée), elle a commencé par expliquer la provenance de ses ingrédients, pourquoi la pomme de terre, pourquoi tel fromage, pourquoi la semoule et surtout…Surtout elle a raconté qu’elle les a appris avec Gavina (un tranditionnel prénom sarde, tout en poésie), qui lui a appris les gestes, le délicat point de couture qui les enferme. Et ce geste je t’assure il est aussi beau que compliqué…Mais tellement, tellement satisfaisant. Voilà, Ninotchka, 13 minutes de connexion et elle était déjà conquise, émue et pleine de joie.

Évidemment, les plus téméraires, pourront même se lancer dans d’autres types de farces…Et alors là, tu te dis, mais comment a fait Ninotchka, confinée, respectueuse des règles et des produits locaux à nous préparer les culurgiones avec des fromages de brebis sardes ? Et bien….Elle a crée ! Aidée de son brozer qui voue une passion a demie cachée pour le Morbier….On a tenté une farce Morbier, mozzarella bien séchée et menthe….Et franchement….Franchement, les sardes sont sans aucun doute meilleurs, mais cette version, n’était pas mal du tout !

Ces culurgiones renferment tout ce que j’avais besoin de ressentir ces jours-ci : l’histoire d’un pays aux diversités régionales incomparables. Ces pâtes racontent les passages des civilisations qui nous ont précédés (tellement d’origines différentes supposées pour le mot culurgiones qu’un article de Ninotchka, divagations comprises, ne suffirait peut-être pas !). Ils renferment l’amour que nous avons pour les produits de la terre, ceux près de chez nous, qu’on sait utiliser au mieux. Ces pâtes renferment les secrets passées de femme en femme, la technicité du geste pour les renfermer….Et cher lecteur, tu me connais, ne voit pas en ma phrase un élan sexiste….La légende veut qu’il faut de petits doigts et surtout juste la pointe pour bien les renfermer. Personnellement, j’ai donc dépassée la légende, car mes doigts ne sont ni fuselés ni fins, donc toi Homme qui me lit, tu peux y arriver promis !

Ce moment a été un moment suspendu, qui a fait du bien au moral, qui a fait aussi du bien à nos ventres car nous nous sommes régalés le soir en les mangeant, nous avons voyagé un peu en Sardaigne, en tout cas notre esprit y était. Il reste une frustration. Ne pas avoir goûté ceux de Federica, avec les fromages sardes, avec son savoir-faire. La promesse a été faite : aller la rencontrer sur l’isola della Maddalena cet été, lorsque corotruc sera loin, lorsque tous autant que nous sommes, nous nous remercierons de ces gestes de générosité eus pendant cette drôle de période.

MaMediterranée : à la découverte des blettes et de leurs histoires familiales

Samedi, j’ai acheté comme à mon habitude mes petits légumes chouchous au marché. Poireaux, épinards et blettes. Samedi c’était palette de vert. Des fois je suis plus palette de rouge : betteraves, butternut et carottes. J’ai un petit côté fixette monochrome. Et ne me dis pas que ça t’étonne, car même si j’essaie de les cacher…je crois que je peux affirmer que j’ai des tocs. Bon mais l’essentiel aujourd’hui, n’est pas là.

L’essentiel est dans ma volonté de te faire une ode à la blette. Parce que j’ai vraiment envie de relever le défi de te faire lire des choses sur des sujets qui ne sont ni instagrammables, ni concernant un virus ni diffusant une vidéo coquine. Rendre la blette sexy…voilà mon objectif. Pas facile facile avoue. Oui parce que j’ai beau chercher mais la blettes n’envahissent pas les photos de cuisine comme le chou-fleur rôti au four par exemple. Les blettes ne declanchent pas vraiment d’hystérie comme d’autres légumes sublimés, destructurés, glacés comme tu entends à la télé. Pourtant la blette mérite son moment de gloire. Comme le fenouil le mois dernier, rendons à la blette sa statuette de légume chou sexy.

J’ai envie de commence par la richesse de son nom. Blettes ou bettes. Mais aussi jouttes, jottes ou bette à chards (quand on peut en manger la partie blanche !) . En italien ce sont les bietole ou biete. Ou costine. Ou encore segali. En espagnol ce sont des acelgas. Oui absolument rien à voir. En anglais beets ou chards… Et toi, tu en connais beaucoup des légumes avec tant de jolis noms différents ? Ok, tu as raison, côté sexy, elle peut mieux faire la Ninotchka.

Ok, alors je vais être honnête avec toi. Saches que je fais pas mal d’insomnies et du coup je pense à plein de choses. L’idée de cet article psr exemple m’est venue en bloquant des heures sur la question suivante : les bettes et les bette-raves ? C’est le même légume ? Même en italien ça marche: bietole et barba-bietole…pourquoi la même racine pour un légume qui n’a a priori, rien à voir ? Et c’est là ou je deviens racoleuse, où je vais te parler de coucheries et de secrets de famille. C’est à cet instant même que mon histoire de blettes devient digne d’un épisode de la serie Jane the Virgin.

Heu.. tu ne connais pas Jane the virgin ? Bon c’est cette série où la nana, Jane, latino, est vierge, en couple avec un flic so américain. Un jour elle va chez sa gynéco, qui est un peu alcoolique à ses heures perdues (et aussi salariées apparemment). Sa gynéco est la sœur de son patron, un bellâtre latino qui a des difficultés à procréer avec sa femme, une blondinette Tchèque. Jane donc chez la gynéco, elle sort de son rdv plus enceinte qu’elle ne l’a jamais étée et toujours aussi vierge. Voilà, je t’ai résumé plus ou moins 5 saisons, mais l’essentiel est là… Comment Jane est tombée enceinte ?!?

Et bien cher lecteur ! C’est la même intrigue pour nos blettes et betteraves !!!! Mais si !!! Ce qui est certain, c’est que les betteraves (qu’elles soient comestibles ou sucrières) viennent de la même famille que nos blettes à feuilles (et donc dr la famille des Chenopodiacee) MAIS on ne sait pas si c’est par mutation directe ou alors s’il y a eu quelques tromperies avec d’autres petites graines de la même espèce pour donner naissance à une nouvelle forme de Betta vulgaris, qui est donc devenue notre betterave.

Elle n’est pas croustillante cette histoire coquineries entre blettes ? Moi, je trouve qu’elle prend toute une autre saveur notre feuille verte…

Ah et dernière chose : des blettes vertes à tige… Tu en as de pleine sortes : des plus petites sans tige blanche (qu’on trouve plus au printemps), des plus costaudes à tige blanches, des fines à tiges jaunes, roses fuchsia ou rouges… Ah mais tiens, nos petites betteraves ne sont-elles pas aussi fuchsia , jaune, blanche et rose…?

MaMediterranée : à la découverte de l’origan

Ferme les yeux. Imagine-toi dans la cuisine de ton enfance. Quel est la première odeur qui te vient ? Ne me dis pas aucun, hein ! Attention, Il n’est pas obligatoirement bon, ça peut être aussi l’odeur de la soupe verte, pleine de filment de poireaux que tu devais obligatoirement manger dans ton assiette avec un petit lapin [spéciale dédicace à toi qui me lit et qui va se reconnaître..] Ah, voilà, je sais, tu as trouvé l’odeur de ton enfance…

Quand tu es un Sorrentini ou assimilé (=tout groupe social ayant un lien ou un amour avec la Méditerranée, de près ou de loin ) , il est possible que tu n’aies pas une seule odeur mais différentes qui se percutent dans ton nez. Pour moi, par exemple j’ai tout un tas de parfums associés à un moment précis ou à un lieu : la sauce tomate qui cuit au petit déjeuner, l’odeur très forte del truffe blanche en octobre pendant la Fiera à Alba, la sole que je n’aimais pas du tout, ou encore les odeurs de la Ferrero, qui alternait des semaines de production de TicTac et d’autres de Nutella… Mais bon, si vraiment vraiment je dois choisir (et accessoirement être en accord avec le titre de mon article) l’un des premiers parfums qui me picote les narines … C’est celui de la carne alla pizzaiola… Quoi ? Tu ne connais pas ? C’est la recette base pour fare scarpetta. Quoi ??? tu ne connais toujours pas ? Tu vas me vexer. Que fais-tu de tes journées ? Tu ne les passes pas à lire le glossaire de Ninotchka ? Déception. Pas du tout decœur coeur coeur sur toi. Bon, je vais faire preuve de patience et revenons à cette pizzaiola… C’est la recette base pour saucer ton plat avec un bon morceau de pain… Et ça, tu le sais, c’est le gage d’une excellente sauce. Le pompom ? C’est une recette hyper simple : tu fais revenir ton ail dans de l’huile, puis revenir une bonne bonne sauce tomate, tu mets généreusement de l’origan… Tu fais revenir doucement en y rajoutant, toujours à feu très doux, des filets de bœuf… Et… Cette sauce et l’origan…. C’est BoumBoumBoum.

Ah l’origan…cet ami est un peu sous-estimé par ici…parce qu’avec une touche généreuse d’origan… Tu changes tout ! C’est l’ingrédient essentiel de la pizza Margherita par exemple. C’est le petit secret d’un excellent pain et tomates. Il est aussi les paillettes vertes de tes conserves de légumes, ou encore, si tu l’associes à du zaatar sur des légumes rôtis au four, c’est une soirée séduction assurée !

L’origan me met d’humeur magnanime tiens. Je t’ai parlé de la pizza Margherita. Mais, en réalité j’ai un petit secret à te souffler. Tu sais à quoi on reconnaît une vraie pizzeria ? Si elle n’a pas de fautes sur son menu, tu dis? Oui c’est vrai. Mais, je ne pense pas à ça. Si elle ne fait pas de pizzas avec l’ananas ? Oui, tu as raison, c’est vrai aussi… Mais, mon secret ce n’est toujours pas ça. Une vraie pizzeria se reconnaît à la présence de la pizza pensée pour les marins napolitains, la plus simple, la moins onéreuse, la marinara : soit la pâte à pizza, de la sauce tomate, de l’ail et de l’origan. BoumBoumBoum.

L’origan est cet ami fidèle, humble et essentiel à ton équilibre. Cet ami qui peut te voir en pyjama, ou malade ou encore celui avec qui tu peux te poser sur un canapé sans te sentir obligée de tenir la conversation… Quand l’origan est là, c’est la promesse d’un moment savoureux et jamais banal chers amis…Essaie la carne alla pizzaiola, et pendant que personne ne te voit, inspire profondément le parfum de l’origan, prend un morceau de pain, trempe-le dans la sauce qui mijote, savoure, tâche-toi un peu, brûle toi un peu le bout de langue, c’est ça aussi le parfum de ls gourmandise.